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artesan
Description du blog :
Réflexions l'éducation, l'enseignement, les problèmes économiques, sociaux et culturels.
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
04.04.2006
Dernière mise à jour :
07.12.2007
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Face au blocage, engageons nous!

Posté le 07.12.2007 par artesan
Lycée F. Bazille- Agropolis Montpellier Décembre


Lettre à mes collègues professeurs et à l'ensemble de la communauté des adultes du Lycée


Nous devons leur dire


Chers Collègues,

Il y a eu, hier, au lycée une "réunion d'information" organisée par "les élèves" au sujet de la loi de réforme des universités votée cet été par le parlement.
Je manque certainement de données pour une analyse objective de la situation dans notre établissement. Mais je me demande dans quelle mesure nous ne prenons pas le risque de nous retrouver dans la situation que nous avons vécu lors du mouvement contre le CPE.
Je veux m'adresser à tous ceux qui sont en capacité d'analyser avec objectivité la nature du mouvement qui se dessine. J'en appelle à leur responsabilité de citoyens mais surtout d'adultes et d'éducateurs auprès des élèves dont nous avons la charge.

Les caractéristiques du mouvement anti CPE se retrouvent dans la mobilisation actuelle.
- Les réunions d'information ne sont en réalité que des moments d'émotion collective ou les slogans simplistes et réducteurs vont servir de faire valoir aux nombreux élèves qui voient là l'occasion d'échapper aux règles de vie dans l'établissement, et aux cours.
- Les élèves de seconde sont présents en masse dans les AG conscients du faible coût que représente pour eux le blocage éventuel du lycée.
- En aucune manière, les élèves participant aux assemblées n'ont une connaissance même minime des enjeux, du contenu et des objectifs réels de la loi contre laquelle on leur demande de se mobiliser.
- Le mouvement est porté par un très petit groupe d'élèves, qui ne font pas, pour la plupart, partie des élèves les plus en difficulté dans le domaine scolaire (et qui ne sont donc pas ceux qui ont le plus besoins de notre travail)
- Le mouvement lycéen n'a rien d'autonome, il est manipulé par des personnes et des groupes qui ont des positionnements idéologiques et des objectifs politiques clairs. Et nous savons tous combien les jeunes sont facilement manipulables ….
Notre proximité géographique avec la Fac Paul Valéry, nous met, certainement, à ce
titre, en première ligne

Nous ne devons pas nous contenter d'observer les événements en cours, et ne pas craindre de nous engager. Nous prenons le risque de retomber dans une situation, qui, il y a deux ans, a tellement fait de mal à notre lycée, et dont les conséquences se font sentir encore aujourd'hui.

Engageons nous d'abord sur les questions qui touchent à la forme du mouvement.

Nous respectons le droit de grève, et il ne nous viendrait pas à l'idée de réunir une assemblée pour faire interdire ce droit.
Nous devons expliquer aux élèves que le droit de non-grève, ou le droit de travailler est aussi important que le droit de grève. Les droits individuels, parmi lesquels il y a le droit de grève et le droit de travailler, sont inscrits dans notre constitution.
Aucune assemblée, pas même le Parlement, ne peut remettre en cause ces droits.
A ce titre le blocage du lycée, ne respecte pas les règles de notre vie collective, de notre contrat social. C'est une violation des droits individuels, une contrainte, une violence exercée à l'encontre de personnes qui ont des opinions différentes.

Le vote pour ou contre le blocage du lycée ne peut donc pas avoir lieu. Il n'a aucune légitimité.
Ce qui n'empêche pas ceux qui veulent faire grève d'exercer leur droit.

Expliquons leur aussi que tous les moyens ne sont pas bons pour arriver à nos fins. Les moyens que nous utilisons, le chemin que nous empruntons en disent long, sur le but que nous nous fixons, sur la société que nous voulons construire.
Pour bâtir la société de demain, la persuasion, le débat contradictoire, dans le respect des libertés, est un chemin beaucoup moins risqué que celui qui passe par la contrainte, la force, la violence.


Engageons nous si nécessaire sur le fond.

Apportons aux élèves les données objectives qui leur permettent de réfléchir sur l'état réel de l'Université en France.
Sortons de raisonnements et des représentations simpliste. Osons aborder avec eux le débat, sans idéologie, dans toute sa complexité.
L'université française est en crise. Sa capacité à répondre aux besoins des étudiants, à leur assurer un avenir professionnel et à répondre aux besoins du pays, est faible, très faible. Son rayonnement international est fortement entamé.
Certes, le pays doit s'engager à investir davantage dans l'enseignement supérieur (ce sur quoi tous les partis de gouvernement sont d'accord). Mais la gestion actuelle des universités conduit au gaspillage des fonds publics.
La loi sur l'autonomie doit permette une plus grande responsabilisation de chacune des 82 universités que compte notre pays. Elle ne signifie en aucun cas le désengagement des pouvoirs publics.
Cette loi a d'ailleurs fait l'objet d'un large consensus cet été, puisque même l'Unef l'a accepté.

C'est un sujet complexe, et nous ne disposons sans doute pas des réponses aux problèmes posés.
Mais nous ne devons pas laisser l'espace du débat a ceux qui véhiculent des représentations simples. Et qui, loin de toute réelle réflexion, s'adressent à nos émotions, à nos passions et poursuivent des objectifs qui n'ont rien à voir avec l'avenir de nos élèves et des étudiants de notre pays.

Je crois fortement à notre responsabilité dans les événements qui secouent notre lycée, aujourd'hui et depuis quelques années. Je considère que cela a des conséquences importantes et négatives sur notre vie et notre travail quotidien dans l'établissement.

Il me paraissait donc important d'exprimer ces quelques idées et de lancer cet appel

Respectueusement

B. VILA
Professeur de Sciences Economiques et Sociales
Lycée F. Bazille
Montpellier



--

Cantine scolaire

Posté le 04.04.2006 par artesan
Pourquoi avons nous besoin d'un véritable service public de cantine scolaire au Pouget?

La cantine est un sujet qui fait débat entre les parents d'élèves et la municipalité, depuis de nombreuses années.
Les mesures tarifaires décidées par le conseil municipal pour la rentrée 2003 ont été mal vécues et sont aujourd'hui encore très contestées. Elles ont été perçues comme une sanction par les parents qui s'étaient mobilisées pour obtenir des améliorations sur la qualité du service.
Les tarifs actuels de la cantine, mais aussi des problèmes liés à la qualité du service ont conduit de nombreux parents à renoncer à ce service et à rechercher des solutions de substitution. Ces solutions ne sont pas toujours satisfaisantes et sont souvent difficiles à pérenniser

Sur cette question, il nous semble important que le conseil municipal puisse mieux considérer les demandes des parents d'élèves.
La cantine scolaire est un service de nature particulière. Il est attaché à un service public fondamental qui est celui de l'école. L'existence d'une cantine à l'école facilite la scolarisation des enfants. Elle offre aux parents qui travaillent et qui ne peuvent pas être présents à midi un service indispensable, un service auquel il peuvent difficilement échapper. C'est l'aspect quasi obligatoire du recours à ce service qui lui a donné partout, son caractère public. C'est aussi ce qui a amené de nombreuses communes à moduler son prix pour faciliter son accès aux familles qui ne disposent pas de revenus élevés. Selon ce même principe, le Conseil Général de l'Hérault accorde, sur critère social, une aide aux familles pour les repas pris dans les cantines des collèges. Il le fait au nom de la solidarité entre les habitants du département pour l'accès de tous les collégiens à un service essentiel.
Au Pouget, l'appel à la solidarité qu'exige ce type de mesure prend un caractère particulier. Il n'est pas étonnant que cette question se pose au stade actuel de l'histoire de notre commune. C'est une période marquée par un afflux important de "nouveau pougétois". La cantine est pour beaucoup d'entre eux un service incontournable. Double actifs ou familles monoparentales, ils ne disposent que rarement d'un soutien familial proche qui puisse représenter un recours. Vis à vis de ces populations en particulier, la modulation des tarifs ne pourrait-elle pas être envisagé comme un geste de solidarité de la part de la commune, geste qui par son coût financier exprimerait, bien plus que des mots, le désir de les intégrer dans la collectivité communale? Bien sûr, la maîtriser du coût d'une telle mesure est nécessaire. Cela n'est pas impossible et passe par la définition de critères d'attribution qui permette d'en faire bénéficier ceux qui en ont vraiment besoin.
Le caractère public de ce service s'explique également par sa nature. Le temps passé à la cantine est un moment important de socialisation des enfants. Au lieu de vivre la mise en œuvre de ce service comme une contrainte, pourquoi ne pas l'envisager comme une chance. Il donne en effet à la municipalité l'opportunité de développer des projets éducatifs auprès des enfants de la commune
- des projets autour du repas lui même (hygiène, respect de l'autre, ambiance et échanges pendant les repas, éducation au goût et l'alimentation, découverte des cultures culinaires, participation aux activités ménagères, etc…).
- des projets éducatifs aussi au cours des activités proposées aux enfants avant ou après les repas.
Bien sur ces activités sont coûteuses. Elles demandent des installations et du personnel qualifié. Mais ne faut-il pas considérer ces dépenses comme un investissement. Des enfants mieux éduqués, plus épanouis, cela ne produit-il pas des adultes plus responsables et mieux intégrés dans la société? Cela bénéficie à tous.
De nombreuses formules existent qui ont été expérimentées dans bien des communes. Dans le cadre d'un CLAE, par exemple, la commune peut recevoir des aides de la CAF.
D'autre part, s'il y avait un service de qualité, cela ne pourrait-il pas conduire de nombreux parents à envisager autrement la question du prix de la cantine.


B. Vila

A Montpellier, lycée bloqué, adultes responsables?

Posté le 04.04.2006 par artesan
Au lycée Agropolis, les adultes ont –ils démissionné?

L'autorité a été abolie par les adultes et cela ne peut signifier qu'une chose; que les adultes refusent d'assumer la responsabilité du monde dans lequel ils ont placé les enfants
Hannah Arendt

Le propos n'est pas de prendre position pour ou contre la réforme du code du travail votée récemment par l'Assemblée Nationale. Notre réflexion porte sur la forme que le mouvement lycéen à pris au Lycée F. Bazille.
Le blocage des cours dure depuis plus d'une semaine. Les décisions de reconduite du mouvement sont votées au cours des assemblées générales des élèves qui se réunissent tous les matins.
Les conditions dans lesquelles se déroulent les AG n'ont pas toujours respecté les critères minimums d'un fonctionnement démocratique. Seulement 2 votes à bulletin secret ont eu lieu. Le second qui s'est déroulé le 22 mars a réuni 444 élèves sur 780. 293 élèves se sont prononcés pour le maintien du blocage, 145 contre.
Quelles que soient les précautions prises, et il y en a eu, pour assurer la démocratie des débats, les AG au lycée F.Bazille n'évitent pas les écueils dans lesquels tombent, la plupart du temps, ces formes de "démocratie directe". Les leaders du mouvement organisent et tiennent les assemblées. Le débat contradictoire est souvent réduit à peu de chose (à quelques exceptions). Rares sont les lycéens qui osent prendre la parole et exprimer une opinion qui irait à l'encontre de la pensée dominante. Nous connaissons, nous enseignants, assez bien nos élèves pour savoir qu'ils sont nombreux à avoir du mal à prendre la parole ne serait ce que devant leur groupe classe. Devant une AG, seuls les leaders, ceux qui ont une grande facilité de parole, s'expriment.

Les votes a main levée ou a bulletin secret ont reconduit jusqu'à ce jour le mouvement. Nous sommes en droit de nous interroger sur le sens de ces votes. Quelle est la motivation réelle d'élèves de 16, 17 ou même 18 ans qui sont invités à se prononcer pour ou contre le"blocage des cours"? Peu d'entre eux disposent d'une réelle connaissance des questions que soulève le CPE pour pouvoir se prononcer en toute conscience sur le sujet.
Nous nous plaignions souvent, nous, professeurs, des difficultés que nous avons de motiver et de faire travailler nos élèves. Ici, l'occasion leur est donné, par un simple vote, de ne pas aller en cours. Beaucoup la saisissent. L'absence des élèves dans l'établissement après le vote du matin est assez révélateur des motivations réelles de nombre d'entre eux.

Le mouvement se déroule dans une ambiance "bon enfant" sans qu'il y ait eu d'incident particulier. Les élèves qui conduisent le mouvement ont fait preuve d'une maturité, d'une responsabilité que tout le monde s'accorde à reconnaître. Ils ont été en cela accompagnés par la direction du lycée qui a négocié et cherché en permanence à éviter les dérapages et les tensions. De nombreux adultes mettent en avant cette situation en soulignant les aspects positifs et formateurs de "l'expérience" vécue par les élèves. Certes, les élèves leaders, et tous ceux qui ont participé activement à l'organisation du mouvement vivent une expérience enrichissante à certains égards. Mais de combien d'élèves s'agit-il? 30 ou 40 au maximum sur un total, rappelons le, de…780 élèves. Et parmi ces élèves "actifs", une grande majorité de "bons élèves", et donc pas ceux qui avaient le plus besoin de cette expérience pour "grandir".

Un autre aspect du mouvement suscite en nous des interrogations et des craintes. Il s'agit de la place qui y ont occupé les adultes. Certes il fallait donner aux élèves dans le mouvement, la possibilité de s'organiser, de communiquer, de se rassembler. Mais fallait-il que les adultes se retirent des positions qui sont les leurs? Fallait-il laisser aux élèves la possibilité d'occuper les locaux de la vie scolaire, et le droit d'occuper le standard du lycée? Le sentiment qui leur a été donné qu'ils pouvaient ne laisser aux adultes que l'espace de leurs bureaux ne va t-il pas laisser des traces dans les rapports qu'ils entretiennent avec eux? Alors même que nous nous heurtons déjà, au quotidien, dans nos cours et au sein de l'établissement à une remise en cause de notre légitimité, quel est le sens du message que nous leur avons transmis? Il y a là un paradoxe fort à relever. Comment nous sera t-il possible, demain, d'affirmer notre autorité en exigeant d'eux du travail et de la discipline alors même qu'au cours de ces événements, nous leur avons largement donné le sentiment qu'ils étaient en droit de revendiquer une quasi complète autonomie dans la gestion du lycée? Comment pourrons nous exiger d'eux qu'ils soient présents à tous les cours? Auront ils donc perdu l'autonomie et le libre arbitre que nous trouvons aujourd'hui légitime de leur donner?

Nous ne rendons pas service à nos élèves en leur donnant ce sentiment de toute puissance. Malgré les apparences, nous ne les aidons pas à grandir bien au contraire. Ils ont encore besoin d'être confrontés à l'autorité des adultes pour se construire, en nous gardant bien sûr de ne pas confondre autorité et autoritarisme.

Le semblant de calme et de sérénité qui caractérise le mouvement et dont il a été question plus haut ne doit pas nous empêcher de voir et de dénoncer la violence qui est faite aux élèves et aux adultes qui n'acceptent pas le blocage, et qui souhaitent venir en classe (qu'ils soient pour ou contre le CPE, d'ailleurs). Le blocage du lycée est une décision que nous ne pouvons pas accepter. Une majorité quelle qu'elle soit n'a aucune légitimité lorsqu'elle prend des mesures qui portent atteinte aux libertés individuelles. Toute l'histoire des démocraties porte la marque des tensions entre ces deux valeurs fondamentales que sont l'égalité et la liberté. Les organisations et les sociétés qui, au nom de la majorité, ont porté atteinte aux libertés individuelles, se sont en tout lieu et en tout temps égarés. Nous nous sommes dotés d'institutions qui limitent le pouvoir de la majorité sortie des urnes. Dans notre pays comme dans toutes les démocraties modernes, aucune Assemblée ne peut décider d'abolir les droits humains fondamentaux. Le droit de grève en fait partie, le droit de travailler aussi.
En décidant de bloquer l'accès aux salles de classe, les élèves portent atteinte sans s'en rendre compte pour la plupart, à ce qui constitue un élément fondamental de notre contrat social. En les laissant faire, nous leur donnons le sentiment qu'ils sont dans leur droit.

Les événements actuels sont le révélateur d'un véritable malaise chez de nombreux élèves. Ils portent en filigrane leurs interrogations et leurs craintes face à l'avenir. Ce malaise n'est pas nouveau, il n'est pas né avec le CPE. Nous y sommes confrontés quotidiennement. Il trouve son expression dans les difficultés que nous, enseignants et éducateurs, rencontrons dans notre travail, dans nos relations avec nos élèves.

Comment redonner l'envie, le goût d'apprendre? Comment redonner du sens aux apprentissages auxquels nous les convions? Comment faire que le lycée, à la lumière de l'expérience riche que certains vivent dans le mouvement actuel, soit un endroit ou les élèves puissent apprendre, certes, mais aussi construire leur personnalité, améliorer leur savoir être dans leur relations entre eux et avec les adultes qui les encadrent?

N'est-ce pas aussi cela, à travers la forme qu'a pris le mouvement, le message qu'ils veulent nous transmettre?

A Montpellier le 26 mars 2006
Bernard Vila
Professeur de Sciences Economiques et Sociales
Lycée F. Bazille (ex lycée Agropolis)
Montpellier



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